Tannage végétal ou minéral : à quoi renvoient ces différentes méthodes de fabrication du cuir ??

Le Journal
Tannage végétal ou minéral : à quoi renvoient ces différentes méthodes de fabrication du cuir ??

Lors de notre précédent article sur ce blog, nous vous expliquions en détail pourquoi, chez Max Vincent, nous avons fait le choix de ne pas utiliser de cuir dit végan. Il s’agit notamment, en l’état actuel des choses, de limiter notre recours aux produits pétroliers et aux matières plastiques. Notre cuir est donc, par définition, du cuir animal. Pourtant, vous avez peut-être entendu parler de “cuir végétal”, voire de “cuir minéral”. Dans cet article, nous allons vous expliquer ce que ces appellations recoupent pour que vous puissiez découvrir un peu mieux la manière dont nous traitons nos matières premières.

Des termes qui désignent des méthodes de tannage

Les termes “cuir végétal” et “cuir minéral” sont en réalité des abus de langage. On parle concrètement ici de la manière dont sont traitées les peaux. Car une peau animale n’est pas utilisable telle quelle : sans traitement, elle se dégrade et pourrit rapidement (et vous ne souhaitez pas que cela arrive à vos sandales !). Depuis la préhistoire, de nombreuses méthodes de conservations ont été utilisées pour traiter ces peaux pour empêcher qu’elles ne s’abîment, d’une part, et pour leur donner une résistance, un aspect et une texture caractéristique du cuir de qualité. Vous pouvez par exemple ici voir la devanture d'une tannerie strasbourgeoise au début du XXè siècle.

Nos lointains ancêtres néandertaliens fumaient et séchaient les peaux pour les rendre imperméables et résistantes aux chocs et à l’usure. Mais depuis, le Moyen Âge, et surtout depuis la Révolution Industrielle au XIXᵉ siècle, on a perfectionné des techniques permettant de produire des cuirs de grande qualité. Ces traitements se divisent en deux grandes familles : les tannages végétaux, et les tannages minéraux. C’est donc bien la technique utilisée, et non le cuir en lui-même, qui est désigné ainsi. Il faut d’ailleurs noter à ce sujet que le cuir subit souvent un “double tannage” utilisant les deux techniques.

Le tannage minéral, la méthode la plus commune

C’est un procédé industriel qui fêtera bientôt ses 200 ans : le tannage minéral, aussi connu sous le nom de tannage au chrome, est extrêmement répandu dans le traitement des peaux. Il consiste à passer les peaux fraîches dans une solution de chrome, de zirconium ou encore d’aluminium, puis dans une saumure. Le résultat est rapide, efficace et très qualitatif, puisqu’il donne des cuirs à la fois souples, résistants aux impacts et aux déchirures et dont la couleur ne passe pas avec le temps. Le tout pour un coût relativement faible permettant de ne pas trop faire gonfler le prix des produits.

Le tannage minéral a cependant un inconvénient majeur : contrairement aux méthodes préindustrielles, il utilise beaucoup de produits chimiques dont l’impact écologique n’est pas négligeable, comme le pointent par exemple des rapports de l'ONU depuis la fin des années 1990.

Le tannage végétal, la méthode la plus ancienne

Vous l’aurez maintenant compris, le tannage végétal ne fait pas référence au “cuir végan”, puisqu’il s’applique à des peaux animales. Néanmoins, il se distingue du cuir à tannage végétal par son absence de recours à des produits chimiques d’origine minérale dans le traitement des peaux.

Présent dans la majorité des produits Max Vincent, les cuirs à tannage végétal bénéficient d’un traitement plus long et moins polluant que les cuirs chromés. Dans le cas présent, il s’agit de faire tremper les peaux dans des solutions contenant des tannins végétaux comme le mimosa, le châtaignier ou le chêne. Sur cette gravure, vous pouvez voir des ouvriers utiliser cette méthode à la fin du XVIIIè siècle !

Le tannage végétal présente de nombreux avantages  : sanitaires, bien sûr, mais aussi en tant que matière à travailler. Il s’agit d’un cuir solide, résistant à l’humidité, hypoallergénique et confortable. Il s’agit aussi d’un cuir qui n’uniformise pas l’aspect du cuir et lui donne une certaine patine naturelle, avec un aspect vintage, moins industriel. En revanche, il présente aussi des inconvénients à prendre en compte, à commencer par un coût plus élevé, dû à un temps de trempage pouvant durer des mois. On notera aussi la sensibilité plus grande du produit aux ultraviolets, donnant une couleur légèrement moins stable dans le temps.

Des alternatives possibles ?

Comme nous vous le mentionnions dans l’article sur le cuir de synthèse, nous ne savons pas ce que l’avenir nous réserve, dans un monde ou les technologies sur le traitement des matières premières évoluent rapidement. Il est tout à fait possible qu’à l’avenir, de nouveaux procédés surgissent et allient un bilan écologique vertueux à des procédés mêlant qualité et coûts modestes. Pour le moment, cependant, peu d’alternatives aux tannages minéraux et végétaux existent.

Des alternatives minérales sans chromes sont par exemple explorées, et pourraient réduire l’impact environnemental de ce type de traitement. On peut aussi mentionner des cuirs expérimentaux traités au silicium, comme en attestent ces récentes recherches menées à l’Université de Montpellier. On parle aussi des sels de titane comme d’un matériau prometteur en la matière. Mais les déclinaisons à grande échelle de ces techniques sont encore de la Science-fiction !